Pour un restaurant existant, l’accessibilité ERP (établissement recevant du public) se joue d’abord au sol : un seuil franchissable, une salle de plain-pied, un revêtement non glissant, des marches repérables et des toilettes adaptées si la clientèle y a accès. La plupart des restaurants relèvent de la 5e catégorie, avec des obligations allégées mais bien réelles.
Accessibilité ERP : ce que les textes attendent au sol d’un restaurant
Un restaurant est un ERP de type N, la lettre des restaurants et débits de boissons, et sa catégorie dépend de l’effectif admis. D’après le ministère chargé de la transition écologique (page mise à jour le 5 janvier 2026), il quitte la 5e catégorie dès qu’il dépasse 200 personnes au total, 100 en sous-sol ou 200 aux étages. Dans ce calcul, précise la fiche Service public sur le classement, le personnel ne compte pas.
Deux textes fixent le cadre. La loi n° 2005-102 du 11 février 2005, consacrée à l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées, pose le principe d’un accès de tous aux établissements recevant du public. L’arrêté du 8 décembre 2014 le décline pour le cadre bâti existant, celui de tout restaurant installé dans un local déjà construit. La règle vaut aussi pour un débit de boissons, et le chiffrage d’un bar poste par poste lui consacre une ligne.
Pour un ERP de 5e catégorie, l’objectif est que l’usager dispose de toutes les prestations dans une partie rendue accessible. Une salle de plain-pied qui sert la même carte peut donc porter l’essentiel de la mise en accessibilité, même si l’étage reste hors d’atteinte d’un fauteuil roulant.
Les exigences de l’arrêté de 2014, relues sur Légifrance
- un sol « non meuble, non glissant, non réfléchissant et sans obstacle à la roue »
- un accès sans ressaut (petit écart de niveau), ou un ressaut à bord arrondi ou chanfreiné de 2 cm au plus
- un cheminement contrasté à la vue et au pied, sinon un repère continu
- des tapis fixes assez durs pour un fauteuil, sans ressaut de plus de 2 cm
- des nez de marche, le bord avant de chaque marche, contrastés sur au moins 3 cm en horizontal et non glissants
- un revêtement d’éveil de la vigilance, à reliefs perçus au pied et à la canne, à 0,50 m de la première marche, en haut de l’escalier et à chaque palier
- par niveau accessible doté de toilettes publiques, au moins un cabinet adapté au fauteuil avec lavabo accessible
Qui contrôle, et dans quels cas déroger
Un restaurant de 5e catégorie conforme se passe de bureau de contrôle : l’exploitant remplit lui-même l’attestation d’accessibilité, parfois sous forme de déclaration sur l’honneur, l’envoie aux services administratifs départementaux et en adresse une copie à la commission pour l’accessibilité de sa commune. Un établissement en retard a pu passer par un agenda d’accessibilité programmée (Ad’AP).
La dérogation n’existe que dans le bâti existant. Le préfet la décide après avis de la commission consultative départementale de sécurité et d’accessibilité, pour l’un des quatre motifs admis : impossibilité technique, conservation du patrimoine, coût disproportionné, refus de l’assemblée générale des copropriétaires. Elle vise un point précis, pièces à l’appui. Côté contrôle, une circulaire interministérielle du 25 juin 2025 demande aux préfets un plan de contrôles et de sanctions, de l’amende à la fermeture administrative.

Équipements antidérapants : ce qui se pose sans gros travaux
Dans un local existant, une partie des exigences au sol se règle par des équipements rapportés, sans casser la chape ni reconstruire l’escalier. Le contraste des marches, l’éveil de vigilance en haut d’une volée, l’adhérence d’une zone souvent mouillée ou la marche du seuil relèvent de solutions collées, vissées ou simplement posées. Élargir une porte, créer un cabinet adapté ou installer un élévateur demandent un vrai chantier, à inscrire dans le budget d’ouverture d’un restaurant ou de reprise.
L’exploitant qui s’équipe auprès d’un spécialiste tel que Sud Antidérapant choisit un antidérapant ERP conforme à la réglementation, adapté au support en place et à l’usage de chaque zone, avec un conseil sur le bon produit et la pose quand il la demande. La gamme accessibilité de ce fournisseur réunit bandes antidérapantes, dalles podotactiles, nez de marche contrastés, couvre-marches, profilés et rampes, parce qu’un même équipement sert deux causes : l’adhérence du sol et le repérage des personnes malvoyantes ou à mobilité réduite (PMR). Dans un restaurant, cela se traduit par des nez de marche contrastés sur l’escalier du sous-sol, une bande d’éveil de vigilance en haut des marches, des bandes sur les zones mouillées devant le comptoir de boissons, un tapis d’entrée drainant et une rampe amovible pour la marche du seuil.
Chaque pose ajoute une pièce à votre dossier. Gardez la facture, la fiche technique du produit et une photo datée avant et après. Ces justificatifs alimentent le registre public d’accessibilité, tenu à la disposition de la clientèle, et répondent d’avance à un contrôleur sur la date et la nature des aménagements.
Le registre public d’accessibilité et les justificatifs
Le registre public informe la clientèle de ce que votre restaurant propose et de la façon dont il le rend accessible. Son contenu est fixé par l’arrêté du 19 avril 2017, qui règle aussi sa diffusion et sa mise à jour. Il se consulte au principal point d’accueil accessible, sur papier ou sous forme dématérialisée, ou sur le site internet de l’établissement. Un classeur près de la caisse fait l’affaire.
D’après le ministère chargé de la transition écologique, le registre rassemble :
- une présentation des prestations proposées par l’établissement
- les pièces sur son degré d’accessibilité : attestation, attestation d’achèvement d’Ad’AP ou calendrier de travaux
- les arrêtés de dérogation, s’il y en a
- les informations sur l’accueil des personnes handicapées par le personnel
- les modalités de maintenance des équipements, rampe amovible automatique ou élévateur compris
La plaquette ministérielle « Bien accueillir les personnes handicapées » doit figurer dans tout registre. Côté équipe, l’ordonnance du 26 septembre 2014 réserve l’obligation de formation à l’accueil aux ERP qui reçoivent plus de 200 personnes. Les autres, donc la plupart des restaurants rapides, doivent une sensibilisation : où se trouve la rampe, comment répondre à la sonnette, comment guider un client malvoyant jusqu’à une table.

Ajoutez au classeur la copie de l’attestation, la preuve de son envoi et la consigne d’usage de la rampe. Le ministère invite aussi à renseigner Acceslibre, le site public qui recense l’accessibilité des lieux ouverts au public : une fiche à jour évite à un client en fauteuil de découvrir une marche en arrivant.
Passer le local en revue, de la porte à la terrasse
Le ministère propose un outil d’auto-diagnostic en ligne, avec un questionnaire dédié aux hôtels-restaurants. Remplissez-le, puis vérifiez sur place, mètre ruban en main, dans l’ordre où le client circule.
Le seuil et la rampe
Mesurez la marche d’entrée. Au-delà du ressaut arrondi ou chanfreiné toléré, une rampe devient nécessaire. Quand le trottoir ne laisse pas la place à un ouvrage fixe, la rampe amovible prend le relais : l’arrêté de 2014 la veut stable, assortie d’un moyen d’appel comme une sonnette, et déployée par un personnel formé. Derrière la porte, le tapis d’entrée s’encastre dans une cuvette ou se choisit à bords biseautés, assez ferme pour une roue.
La salle et ses circulations
Suivez le trajet entre la porte, la caisse et les tables accessibles. Les circulations intérieures reprennent les exigences du cheminement extérieur : sol non glissant, sans reflet éblouissant, grilles aux fentes étroites. Un grès poli brillant ou un parquet trop ciré posent problème. Surveillez aussi les jonctions entre revêtements et les petites estrades : l’arrêté interdit les ressauts successifs, dits pas d’âne.
L’escalier vers l’étage ou le sous-sol
Un escalier emprunté par la clientèle reste soumis aux règles, même si l’étage sort de la partie accessible : il sert aussi aux clients malvoyants ou âgés. Contrôlez les nez de marche (contrastés, non glissants, intacts), la contremarche (face verticale) contrastée de la première et de la dernière marche, l’éveil de vigilance en haut de la volée et la main courante de chaque côté, prolongée d’un giron, soit la profondeur d’une marche. Nez clair sur carrelage sombre, ou l’inverse : le contraste se juge sur votre sol, pas sur un catalogue.
Les sanitaires
Si les toilettes ouvertes au public sont au rez-de-chaussée, ce niveau doit offrir au moins un cabinet adapté avec un lavabo accessible. Le sol autour du lavabo reçoit des éclaboussures toute la journée : son adhérence compte autant que la barre d’appui. Des toilettes publiques uniquement au sous-sol posent la question la plus délicate du dossier, à régler avec les services de l’État, parfois par une dérogation motivée.
La terrasse
Un plancher de terrasse en lames de bois devient glissant à la première pluie, et sa jonction avec le trottoir crée souvent une marche. Les réflexes du cheminement extérieur s’appliquent : surface adhérente, passage sans ressaut, joints et grilles étroits.
Cuisine et personnel : le sol gras relève de la prévention
La cuisine n’est pas ouverte au public : les règles d’accessibilité ERP ne la visent pas. Le sol gras y reste pourtant un danger de chute permanent pour l’équipe, et l’employeur répond de sa prévention.

Le dossier « Chutes de plain-pied » de l’INRS (page mesures de prévention, mise à jour le 5 janvier 2022) fixe des priorités nettes :
- un nettoyage fréquent et approprié, car le risque de glissade augmente quand une souillure réduit le frottement entre la semelle et le sol
- un balisage des zones mouillées pendant le nettoyage ou après un renversement, tant que le danger n’est pas écarté
- des revêtements antidérapants là où le sol reste gras ou humide
- une attention aux transitions entre deux sols de glissance différente, comme le passage de la cuisine à la salle
- des chaussures antidérapantes, qui complètent ces mesures sans les remplacer
La zone de plonge concentre tout : eau, graisse, détergent et pas pressés au coup de feu. Un caillebotis, plancher ajouré qui laisse filer l’eau, posé devant les bacs garde les pieds au sec, à condition d’être relevé et lavé chaque jour. Ce geste rejoint les procédures de nettoyage de votre plan de maîtrise sanitaire. En cas de doute sur un revêtement, le réseau de prévention dispose d’appareils portables qui mesurent la résistance au glissement sur place.
Si vous préparez une reprise, intégrez ce passage en revue aux étapes d’ouverture d’un restaurant rapide, avant la signature du bail : un seuil impossible à traiter pèse sur le prix du fonds.
Prochaine étape : avant un service, parcourez le local avec le regard d’un client en fauteuil, puis d’un client malvoyant. Notez chaque point, classez-le en équipement à poser ou en travaux, et mettez le registre à jour.



